TARABUST

by BARBAGALLO

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1.
La Paix 03:57
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Michael 04:10
5.
Ma falaise 04:36

about

STRN-242

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Tarabust écrit et composé par Barbagallo - sauf Amara terra mia (Enrica Bonaccorti, Domenico Modugno) - enregistré par Barbagallo

MSTL04
(p) 2020 Mostla Editions
(c) Mostla Editions / Alter-K


"Je croise le mot « tarabust » pour la première fois dans le livre de Pascal Quignard, « La haine de la musique ». Il « désigne ce groupe de sons asèmes qui toquent la pensée rationnelle à l’intérieur du crâne et éveillent ce faisant une mémoire non linguistique. »

Je suis sans cesse assiégé par des mélodies dont j’ignore la provenance. En silence, elles tournent dans ma tête, quelques minutes seulement ou bien des jours entiers. Elles s’échappent parfois brièvement le long d’un sifflotement. Si ce n’est pas un air, c’est un rythme que je joue en claquant mes dents et ma langue ou en serrant tour à tour mes doigts repliés dans la paume de ma main, en silence encore.

En marchant dans la forêt, en faisant mes courses au supermarché, en conduisant sur l’autoroute, en ramant sur le lac. Il n’y pas de règles, pas d’habitude. C’est comme une brise qui se lève.

Je ne connais pas leur provenance donc, et j’ignore la plupart du temps leur destination car elles disparaissent, elle s’évaporent au contact de ma conscience scrutatrice. Sur les centaines d’airs qui font irruption dans ma vie, une infime partie finira par être partagée avec d’autres humains. Ces airs qui échapperont à l’oubli ce sont mes chansons.

Ce que je considère comme mon « tarabust », notion que j’interprète librement ici, ne me laisse jamais tranquille. Essayer de transformer chaque son en chanson me rendrait probablement fou. Il faut savoir faire le deuil de milliers de notes et de rythmes dont on ne retiendra pas les combinaisons. Et surtout, ils sont faits pour l’oubli. Les rattraper in extremis est un petit tour qu’on joue aux cieux, pour s’occuper un peu.

[LA PAIX]

Depuis toujours je désespère de ma mémoire, de la rareté de mes souvenirs. Où se cachent-ils? Où terminent ces grands élans du cœur, ces moments où tout semble être une question de vie ou de mort, jusqu’à l’odeur d’une rue familière et déserte en plein été quand l’air autour vibrait? Que sont devenus ces mensonges inouïs et ces éphémères joies? Je cherche un trou de ver dans lequel me précipiter et au bout duquel je trouverais enfin la réponse. En attendant, je discerne tout de même les grandes lignes. Je m’y suspends, je me balance. Je chante un air sans paroles: « Tout ce que je voulais, c’était trouver la paix. ».

[NE ME REVEILLEZ PAS]

Une chose dont je me souviens en revanche, c’est mon lit d’enfant que je transformais la nuit venue, allongé sur le ventre, en char d’exploration. La tête de lit était mon tableau de bord et les stickers collés dessus étaient autant de boutons qui actionnaient un tas de trucs dont, comme on s’en doute, je ne me souviens pas. Laissez la nuit faire ce qu’elle veut de moi. Il faut croire que la nuit ou plutôt l’obscurité, est mon terrain de jeu favori. L’ombre qui vient enlacer un secret, un regret ou simplement un rêve, celui de rivages qu’un jour je gagnerai par hasard et d’où parfois s’échappe une de ces éternelles melodies .

[AMARRA TERRA MIA]

Il y a une mélodie justement que je transporte comme certains transportent un bout de peau de serpent dans leur porte-feuille en guise de porte bonheur. Elle fait quatre petites notes de long. Elle vient de mon grand-père « Nunzio u cabbuneru », Nunzio le charbonnier, qui la faisait résonner dans les collines qui surplombaient son village en Sicile pour communiquer avec ses collègues éparpillés dans les forêts alentour sous les cieli infiniti. La vie était dure et pauvre, senza speranza. Les maisons étaient en pierres de lave et souvent d’une seule pièce avec un four à pain. Revoilà, quelques décennies plus tard, cette mélodie qu’il siffle cette fois en direction du fond de son jardin à Carmaux dans le sud de la France pour appeler ses enfants qui jouent dans les branches du figuier. Entre temps, il y a eu « la partenza », l’arrachement à sa terre bien aimée mais qui le lui rendait bien mal, cette terre amarra e bella. Le voyage de cette mélodie n’est pas terminé. C’est moi maintenant qui la siffle en Australie quand je rentre à la maison pour dire: « Je suis là » à celle qui ne m’a pas encore vu. C’est la mélodie de ceux qui « se perdent des yeux ».

[MICHAEL]

Comme Michael, cet énigmatique homme sans âge que je croisais quotidiennement au parc avec son chien et qui un beau jour disparut. Où est Michael? C’était comme s’il s’était évanoui devant moi là, sur la pelouse, en plein milieu d’une de nos conversations. Il parlait souvent de partir en pointant son doigt vers le ciel. J’essayai de trouver dans une de ses nombreuses histoires, une de ses mille vies qu’il me racontait, un indice, une piste qui m’indiqueraient le lieu où il se trouvait désormais. Y a-t-il une porte? Où est cette porte? Derrière cet eucalyptus où nichent trois podarges gris? J’imagine une histoire d’amour non résolue, pourquoi pas avec un peintre aux mains blanches qui avait fait son portrait. Une histoire qui serait aussi un abri. C’est peut-être là qu’on le trouvera, là où les amoureux transis, en fuite, se réfugient.

[MA FALAISE]

« Chacun sa porte » me rétorquerait ce bouvier bernois s’il pouvait parler mais au lieu de ça il creuse un trou, tout en joie. Il faut souvent creuser, c’est vrai, et si l’on ne veut pas s’abîmer les mains, ou s’abîmer tout court, on peut laisser faire le temps et contempler les marées . Patience, patience, patience. On peut laisser doucement s’éroder l’autre et ses mystères pour apprendre à le ou la connaître. Une falaise blanche et dure peut bien finir en drap léger au gré des vents froids qui balaient . Tout comme une chanson d’inspiration sud-américaine peut finir en solo de guitare fuzz. Tout arrive."

Julien Barbagallo, janvier 2020

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released March 20, 2020

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